Ne restez-donc pas la, mon cousin, reprit-elle; tenez, venez vous asseoir ici, pres de moi, sur

Don Andres leur fit un dernier signe d’adieu et ils quitterent l’hacienda. Bon voyage! continua don Andres, et surtout prenez garde aux mauvaises rencontres; les cuadrillas de JuArez commencent a roder aux environs, d’apres ce que j’ai entendu dire. Tout le pays me connait et l’on m’aime un peu, que je crois. La dame va venir d’un moment a l’autre, dit-elle.

Un jour qu’en procession, le bon Dieu, porte par le pretre sous le dais, devait monter jusqu’ici, au sommet de Notre-Dame-des-Anges, le cure dit au clion: — Joouse? –C’etait donc toujours le meme clion? fit Maurin. On s’assit et tout en se rafraichissant on causa. A peine, d’ailleurs, la remarqua-t-il dans l’intimite du plaisir. Ah! gueusard de Maurin! voila ou tu m’as fourre a ta suite! Moi du moins je n’aurai contre moi que la gendarmerie et les maires et les prefets, mais toi, de plus, tu auras la fille! Une fille, et une Corsoise! Mon pauvre Maurin, comment te vas-tu tirer de la? Des filles, n’en avais-tu pas tant qu’il te plait, et des femmes de tous les ages et de tous les plumages,–meme en chapeau? Mais il te faut une Corsoise! et il t’en cuira, je te l’annonce! Une Corsoise fiancee a la gendarmerie et fille d’un garde-forets! Il t’en cuira, et, te! c’est moi qui te le dis, Maurin,–tu t’es comporte, ce soir, avec cette aventure, comme un ane, m’entends-tu, comme un ane, je te le repete! Sur ce mot, le monologue de Parlo-Soulet fut interrompu par une voix forte, qui sonna clair dans la nuit noire: –Ne me dis pas du mal de moi, Parlo-Soulet! que je suis la! et que je pourrais te croire! Ah! c’est comme ca que tu te parles sur mon compte quand tu penses que je n’entends pas? C’etait la voix de Maurin.

Voici qu’il n’entend meme plus Max Bruch. ca signifie qu’une petite femme t’attend quelque part, que? Tu es donc toujours le meme? un don Juan, le don Juan des Maures, comme s’exprime le percepteur de Collobrieres! –Je mourrai le fusil au poing, declara Maurin.

Bien repondu! fit Maurin. Ils continuerent a s’avancer ainsi sans echanger une parole pendant environ une demi-heure, enfin le mayordomo s’arreta. Le commandant avait l’ordre de fusiller son prisonnier aussitot qu’il serait parvenu a s’emparer de lui, afin, sans doute, de ne pas lui laisser le loisir de tenter une evasion pendant le trajet de Paso del Macho a la Veracruz.

Je crois, murmura-t-il, que le tonnerre approche! Enfin, ce qu’il attendait arriva. Dominique suivait ses mouvements d’un oeil inquiet, il se hata de lui faire boire quelques gouttes de cordial dans lequel il avait verse une liqueur soporifique; ce secours fut efficace, le blesse se sentit renaitre a la vie. Don Jaime demeura seul, mais au bout d’un instant la porte s’ouvrit et les deux dames rentrerent. Quelque grande que fut la hate, mise par le comte et le mayordomo pour se rendre a l’endroit ou don Melchior etait tombe, Cuellar arriva avant eux. Et s’il allait plaire a Antonia et qu’elle se mit en tete de planter la son gendarme pour les beaux yeux du braconnier, quelle amusante victoire! D’y penser, Maurin riait de contentement.

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