Au théâtre, il n’y a pas de toilettes de ville, il n’y a que des costumes

Pour en revenir à la mise en scène, si l’on faisait une étude comparative des pièces d’observation pure et des pièces qui sont fondées sur la fantaisie, on remarquerait que les premières demandent plus de vérité que les secondes dans l’effet représentatif, et surtout plus de soin dans la composition du matériel figuratif. D’ailleurs, au théâtre, un acteur ne se substitue pas à un autre, il lui succède; et il y a toujours au moins dans l’ajustement du costume quelque détail à modifier. Mais on peut à peine dire que dans ce dernier cas il s’agisse d’une intervention musicale, car celle-ci est réduite à un son. On a si bien transgressé l’unité de temps que parfois, en dépit de Boileau qui le reprochait au théâtre étranger, un personnage, enfant au premier acte, est barbon au dernier. Dans ce cas, c’est tout simplement un art d’ordre inférieur qui prend le pas sur un art d’ordre supérieur. A quoi servirait-il de nous montrer une colonne de marbre, si une colonne de carton peint nous produit l’effet du marbre? A quoi bon recouvrir des meubles d’une étoffe coûteuse, si une étoffe plus grossière produit un effet analogue? Du bois blanc habilement peint ne suffira-t-il pas à représenter à nos yeux le meuble le plus précieux? Qu’on le remarque, ce n’est pas là le résultat d’une convention préalable, conclue entre le décorateur et le public.

Pour terminer par un exemple qui illustre la théorie, je ferai observer que la Comédie-Française doit certainement à la compétence artistique de son administrateur actuel la perfection de mise en scène qui depuis plusieurs années fait l’admiration du public. Ces diverses raisons font donc une loi de ne pas laisser les oeuvres classiques s’éterniser dans le même état représentatif. Il y a certaines façons exquises de dire, certains gestes empreints d’une éloquente grandeur, qui sont tout ce qui nous reste des grands artistes du passé. Ce sont là, en effet, les conditions désastreuses dans lesquelles une oeuvre dramatique paraît sur le théâtre.

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